A dire vrai (1). Rien que deux morts de plus ?

 

 



On aurait pu s’attendre à ce qu’un blog qui porte pour titre « Instantanés » comporte des billets d’humeur ou, à tout le moins, des réactions « à chaud » qui me permettent de vider ma tête des images choquantes qui nous sont imposées en diffusion immédiate.

De fait, j’ai de beaucoup préféré céder au plaisir des images cinématographiques qui, du plus près au plus loin de ma mémoire, m’avaient charmé et m'avaient retenu plus qu’un instant télévisé irrruptif et par essence, éphémère.

Je sais bien que je n’échappe pas à la société de consommation, ni à celle du spectacle et je crois profondément que c’est une des raisons les plus fortes pour lesquelles je me suis battu pour conforter ou même rétablir le dialogue des peuples et surtout des hommes dans une Europe en constante réparation.

La mémoire, l’histoire constituant les deux piliers qui peuvent parfois conduire à l’oubli du pire, de l’impensable et de la douleur.




Revenir sur l’impensé, l’informulé pour le mettre en un récit qui les rende visibles et les aide à sortir de l’impardonnable ou de l’interdit, me semblait une mission impérieuse et urgente.

Elle le reste : cette mission se poursuit au-delà de la frontière d'une retraite professionnelle !

Et déplorer la fragilité des outils numériques et tout particulièrement ceux que j’ai contribué à concevoir et à irriguer quotidiennement pendant plus de dix années, avant qu’il ne soit relégué loin de la consultation publique.

Mais, depuis déjà plus de quatre années que j’ai repris une écriture régulière, je n’avais pas perçu à quel point j’ai laissé se propager et triompher une société du mensonge, mensonge établi comme pratique généralisée : celle où un Président des Etats Unis a pu se saisir légalement du pouvoir pour l’étendre et le convertir progressivement, en une seule année, à une totalité alternative sous une bannière nationaliste, celle d’une grandeur perdue.

Comme un retour du refoulé du concept de "Peuple élu", ou de "Nation éternelle" qui doit se purifier de toutes ses impuretés étrangères qui chercheraient à la détruire de l’intérieur.

Comme si mes enfants et mes petits-enfants devaient subir ce que mes propres parents et grands-parents ont subi dans les deux siècles précédents.




Mais, cette fois, avec la puissance des images transmises par les outils numériques, qui enregistrent en direct une logorrhée verbale apprise par la pratique des shows télévisés, ou construite de toutes les pièces disponibles par le balayage des explorations continues de l’intelligence artificielle.

Comme si je me réveillais depuis quelques mois dans un monde inconnu, pourtant bâti sur les modèles anciens les plus délétères, mais que la profusion des mots, des parcours, des récits, des images fixes et animées avait insidieusement construit de manière alternative au réel qui est devant nos yeux.






Et dans les rues de Minneapolis, une armée masquée ressemblant à s'y méprendre aux Sections d’Assaut allemandes des années trente, tente pour l’instant avec succès, de reproduire « en direct » la chute de la République de Weimar en imposant par sa brutalité voulue, avouée, amplifiée et immédiatement politiquement justifiée, l’image consentie de la transformation d’un modèle démocratique républicain en règne spectaculaire d'un nouvel Empire de Néron, à la merci de la puissance des milliards de pixels voyageurs.

Réveille-toi ! Réveillons-nous !

A dire vrai, à dire le vrai, à montrer que le Roi est nu et qu’il réussit à faire croire qu’il habille le monde d’une irréalité infiniment renouvelable par le biais des vérités alternatives.

De la Société des Nations, à l’Organisation des NationsUnies et à ses agences sociales et culturelles, en passant par le Conseil de l'Europe, nous voilà tous plongés de force dans un « Conseil de la Paix » où le Président hongrois serre la main du Président azéri, autour du Christ Roi qui les bénit en décrétant un règne à vie.




Deux morts dans une ville américaine pourraient peut-être crier plus fort que tous les Kurdes, les Iraniens, les Juifs, les Palestiniens et les Ukrainiens massacrés, partiellement à l’abri des regards de la réalité ?

Simple acteurs d'un spectacle devenu habituel, irréel ?

Deux morts en direct hurlant contre la post-vérité ?

Deux morts qui pourraient nous réveiller ?

Et, par contrecoup, nous contraindre à continuer de réparer l'Europe, à apaiser le monde et à renforcer chaque jour les fondements du programme des Itinéraires culturels du Conseil de l'Europe ?

Deux morts qui nous obligent !






Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Mort à Venise

La disparition du Cardinal André Vingt-Trois. L'été de la Saint Martin de 2004 au coeur des Itinéraires culturels.

L'enchanteur. Cette histoire est vraie parce que je l'ai inventée.