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Céder à la misanthropie ou admirer les acteurs et reprendre espoir ?

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  " Qu'est-ce donc, qu'avez-vous ? " La plupart du temps, ces instantanés partent d’un portrait photographique. Un instant arrêté. Mais par nature, les images sont mouvantes, autant devant nos écrans que dans nos mémoires.  En vérité, ce sont des enchaînements d’instantanés. Visages qui nous regardent, instantanément et, dans certains cas, pour toujours. Ces deux-là sont des génies !   Et le monteur de ce documentaire qui est venu frapper à ma porte hier soir, un véritable magicien. Un regard qui se consacre aux mouvements, aux attitudes, aux sentiments, comme s’il traversait les lentilles grossissantes d’une loupe, ou d’un microscope. Je me suis, tout soudain, retrouvé au lycée, dans l'apprentissage des alexandrins merveilleux de Molière et tout à la fois, replongé dans les instants inoubliables où ces deux acteurs sont montés sur scène, devant moi, ou bien quand ils ont été captés par les metteurs en scène de cinéma. Et j'ai aussitôt songé aux déclarat...

Le temps de retrouver Marcel Proust

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  Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma raison mais pesait comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n’était plus allumé.   A priori , je me souvenais plutôt de la lecture de Marcel Proust comme d’un moment intime, ressurgissant régulièrement des souveni...

Prises au piège

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  Il est rare que soit donnée à connaître et surtout à voir sur les écrans une Suisse pluriculturelle et surtout une Suisse des banlieues et des grands ensembles. Encore une des qualités de la sélection de l’ Arte KinoFestival  : savoir mettre en valeur des cinéastes, très connus ou moins connus, peu importe, qui creusent le regard. " Sami, Joe et moi ", trois adolescentes remarquablement interprétées, trois destins hérités du passé de leurs parents, passé souvent douloureux, remis à plat par une société du regard, où rien ne passe inaperçu, mais où tout peut être ignoré. Est-ce si différent de la situation dont les télévisions font quotidiennement le compte-rendu dans les pays voisins de la Suisse ? Autrement dit dans nos «  banlieues  » où se côtoient et s’affrontent les origines ethniques ou géographiques et les langues ! «  Une Suisse au-dessus de tout soupçon  », titrait Jean Ziegler en 1976. La réalisatrice et actrice Karine Heberl...

Tête à tête

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  «  La jeune réalisatrice belge Paloma Sermon-Daï livre avec son premier long-métrage « Petit Samedi » un documentaire touchant et bienveillant sur l’addiction et s'intéresse aux liens forts qui unissent son frère toxicomane à sa mère dans un petit village de Belgique.  » Le texte de présentation de l’interview qu’Arte a publié sur son site, en marge de l’inscription de ce film dans le cadre de l’Arte Kino Festival , au titre de la Belgique, en résume parfaitement le propos. Ce documentaire m’a bien entendu immédiatement fait songer à cette magnifique série de portraits collectifs initiée par la RTBF sous le titre de «  Strip-tease  ». Mais la sincérité de l’analyse d’une dérive, où une mère et grand enfant tentent de découvrir ensemble où s’est formé le point de rupture qui les a déchirés, est plus que touchant. Deux voix dans une sorte de brouillard quotidien. Deux voix dans ces paysages où les affluents de la Meuse creusent un paysage de forêts h...

Portrait à charge

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  Chaque année l’Arte Kino Festival présente en version originale un choix – ouvert aux votes des téléspectateurs – de films européens récents qu’il serait difficile de voir en salle ou sur d’autres chaînes autrement. J’avais ainsi eu l’occasion, il y a deux ans, de voyager de Lituanie («  Frost  » de Sarunas Bartas) aux «  BrightNights  » norvégiennes de Thomas Arslan jusqu’au charme discret des malheurs quotidiens de la Bulgarie («  Godless   » de Ralitza Petrova). Au sein de la sélection des douze films de cette année, j’ai immédiatement choisi de commencer par la Roumanie . Bien m’en a pris, car dès les premières images de «  Uppercase print   » de Radu Jude  dont j'avais admiré " Aferim " et avec une dose d'humour ravageur " La fille la plus heureuse du monde ", je me suis retrouvé plongé, non seulement dans les ombres portées de la période communiste que j’ai découvertes, en contrepoint tardif, mais encore bien présent au milie...

De Paris à Strasbourg : Richard Rogers toujours présent

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Il est des disparitions dont l'annonce vient nous cueillir le matin au réveil, comme le signe d'un hiver qui fait retomber sur les épaules un rideau de brumes froides, en fermant l'horizon. Je ne serai ni le premier, ni le dernier à me sentir orphelin lorsqu'un père de l'architecture comme Richard Rogers vient à disparaître, mais j'ai immédiatement évoqué pour moi-même des images qui pourraient figurer en tête de trois chapitres de ma vie. Lorsqu'avec plusieurs amis et sous l'égide de Pierre Daquin , nous avons décidé de créer à la fin des années soixante-dix un journal d'association " Driadi ", devenu ensuite le trimestriel " Textile/Art " qui se maintiendra en vie une dizaine d'années, nous avions fait figurer un petit dessin humoristique où quelques petits lapins aventureux creusaient leur terrier sur une esplanade qui avait longtemps servi de parking quasi sauvage : le Plateau Beaubourg.  Cette sorte de non lieu était en ...

Instantanés d'absence / Im Winter ein Jahr

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  Parmi mes instantanés de la semaine passée, vient se placer la découverte d'une cinéaste allemande, Caroline Link .  Son film, diffusé par Arte a pris en français le titre de : " L'Absent ", tandis que l'original allemand précisait l'espace de temps qui s'est écoulé depuis un drame familial, la disparition d'un fils et d'un frère : " I m Winter ein Jah r ". La mise à plat de l'intrigue proposée par Arte dit beaucoup, mais n'explique rien. Sinon, il serait inutile de plonger dans l'i mage ! Il ne s'agissait pas seulement pour les auteurs de ce texte d'éviter de divulguer un secret, que l'on devine pesant, dès les premières images, mais parce qu'il est toujours difficile de caractériser ou de raconter l'impalpable :  " Un an auparavant, un drame a frappé les Richter, famille bourgeoise sans histoires : leur fils cadet Alexander, jeune homme pourtant joyeux et accompli, s’est donné la mort à l’âge de 1...